Début octobre, quelque chose change. Les matins sont plus sombres, les journées raccourcissent de plus de trois minutes par jour, et beaucoup d’entre nous ressentent un coup de mou difficile à expliquer : du mal à se lever, un creux en milieu d’après-midi, l’envie de rester sous un plaid dès 19 heures. Rien de grave dans la plupart des cas, mais c’est usant.
En naturopathie, l’automne est vu comme une saison de transition : le corps quitte le rythme expansif de l’été et se prépare au ralentissement de l’hiver. Cette fatigue n’est donc pas forcément un signal d’alarme, plutôt une invitation à ajuster son hygiène de vie. Dans cet article, je vous propose de comprendre d’où elle vient, puis de miser sur quatre leviers simples : la lumière, le sommeil, l’assiette et le mouvement. Et, bien sûr, de savoir quand il vaut mieux en parler à son médecin.
Pourquoi l’automne nous fatigue-t-il ?
Moins de lumière, une horloge interne moins bien réglée
Presque toutes nos fonctions suivent un rythme d’environ 24 heures, dit circadien : l’alternance veille-sommeil, la température du corps, la production d’hormones, la vigilance, l’humeur. Ce rythme est donné par une horloge centrale, située dans le cerveau, qui a besoin d’être remise à l’heure chaque jour. Selon l’Inserm, le plus puissant de ces « synchroniseurs » est la lumière, loin devant les repas, l’activité physique ou la température extérieure.
La lumière du matin avance l’horloge, celle du soir la retarde. Quand les journées raccourcissent et que l’on part travailler à la nuit tombante, l’horloge reçoit un signal plus faible et plus tardif. La sécrétion de mélatonine, l’hormone qui prépare au sommeil, peut alors se décaler, avec à la clé des réveils difficiles et une vigilance en berne dans la journée.
La rentrée, le changement d’heure et les premiers virus
L’automne cumule aussi les sollicitations : reprise du travail et des activités après l’été, charge familiale, premiers rhumes et gastro-entérites. L’Assurance Maladie rappelle d’ailleurs qu’une infection récente, même banale, fait partie des causes fréquentes de fatigue passagère. Le passage à l’heure d’hiver, dans la nuit du 24 au 25 octobre cette année, ajoute un petit décalage que certaines personnes mettent plusieurs jours à absorber.
Fatigue normale ou fatigue qui dure ?
Il est normal de se sentir fatigué après un effort ou une journée chargée, à condition que cette sensation disparaisse avec le repos. Les médecins parlent d’asthénie lorsque la fatigue persiste malgré le sommeil et empêche de mener ses activités habituelles. C’est une plainte très courante : selon Ameli, 10 à 25 % des personnes qui consultent un médecin généraliste disent être toujours fatiguées. Les conseils qui suivent concernent la fatigue saisonnière d’un adulte en bonne santé ; une fatigue qui s’installe mérite un avis médical (voir plus bas).
La lumière du jour, votre premier allié
C’est le levier le plus simple et le plus sous-estimé. La lumière extérieure, même sous un ciel gris d’octobre, reste bien plus intense que celle d’un bureau ou d’un salon éclairé. Quelques habitudes suffisent à mieux « nourrir » l’horloge interne :
- Sortir dans la première partie de la journée, idéalement dans l’heure ou les deux heures qui suivent le lever : marcher jusqu’à l’arrêt de bus, prendre son café sur le balcon, faire un tour à la pause du matin.
- Travailler près d’une fenêtre quand c’est possible, et ouvrir largement les volets dès le réveil.
- Tamiser les lumières le soir et limiter les écrans dans l’heure qui précède le coucher, pour ne pas envoyer à l’horloge un signal de « plein jour » au mauvais moment.
Et la luminothérapie ?
La luminothérapie consiste à s’exposer chaque matin à une lampe de forte intensité. Elle a été étudiée surtout dans la dépression saisonnière, un véritable trouble de l’humeur qui touche environ 1 à 3 % des personnes selon Santé.fr, et qui ne se résume pas à un simple coup de fatigue. Une méta-analyse de 19 essais randomisés (Pjrek et al., 2020) conclut à un effet supérieur au placebo, d’ampleur modérée.
Le protocole habituellement décrit est une exposition à 10 000 lux, à environ 30 cm, pendant 30 minutes, dans les deux heures qui suivent le réveil. Santé.fr précise que les lampes « grand public » sont d’efficacité mal établie, que les simulateurs d’aube ne sont pas des appareils de luminothérapie, et qu’un avis médical est nécessaire en cas de maladie des yeux, de trouble bipolaire ou de prise de médicaments photosensibilisants. Si votre moral baisse chaque année à la même saison, parlez-en d’abord à votre médecin plutôt que d’acheter une lampe au hasard.
Le sommeil : suivre le mouvement de la saison
En automne, beaucoup de personnes ressentent le besoin de dormir un peu plus. Plutôt que de lutter, on peut accompagner ce mouvement :
- Garder une heure de lever régulière, y compris le week-end. C’est le repère que l’Assurance Maladie met en avant, car c’est lui qui ancre le reste de la journée.
- Avancer un peu l’heure du coucher plutôt que de prolonger la grasse matinée, qui décale l’horloge.
- S’autoriser une sieste courte si le besoin se fait sentir : 5 à 20 minutes, entre 12 et 15 heures, pour ne pas perturber la nuit suivante.
- Éviter en fin de journée l’alcool, les repas copieux et les excitants (café, thé, sodas au cola, boissons énergisantes).
Pour le changement d’heure, une astuce douce consiste à décaler son coucher et son lever de 10 à 15 minutes par jour dans les jours qui précèdent, et à s’exposer franchement à la lumière du matin les jours suivants.
L’assiette d’automne : nourrir son énergie
Des repas réguliers et complets
Sauter des repas ou grignoter toute la journée sont deux sources classiques de fatigue, rappelle l’Assurance Maladie. En naturopathie, on vise des repas à heures régulières qui associent des légumes, une source de protéines (légumineuses, œufs, poisson, viande) et un féculent de préférence complet. Cette combinaison aide à éviter les montées et descentes brutales de la glycémie, souvent ressenties comme un coup de pompe en fin de matinée ou d’après-midi.
Les produits de saison, cuits et colorés
Octobre est l’un des mois les plus généreux du calendrier. Côté légumes, les courges (potiron, butternut), les patates douces, les choux, le brocoli, le cresson, les épinards et les champignons sont à leur meilleur. Côté fruits, pommes, poires, coings et raisins, sans oublier les châtaignes et les noix fraîches. Les plats cuits, chauds et doux (veloutés, poêlées, mijotés) sont bienvenus quand les températures baissent. Vous trouverez le détail dans l’article sur les fruits et légumes de saison en octobre.
Fer, vitamine C et magnésium
Certains nutriments font l’objet d’allégations de santé autorisées au niveau européen : le fer, la vitamine C et le magnésium contribuent à réduire la fatigue. Ce n’est pas une raison pour multiplier les compléments, mais une bonne raison de prendre soin de son alimentation.
- Le fer : selon l’ANSES, un manque de fer peut conduire à une anémie qui se traduit par de la fatigue, des maux de tête, des vertiges ou un essoufflement. On le trouve dans la viande, le poisson, les fruits de mer, les légumineuses, les noix, le jaune d’œuf et les légumes à feuilles vertes. La vitamine C favorise son absorption, tandis que les tanins du thé la freinent : mieux vaut boire son thé à distance des repas.
- La vitamine C : en octobre, on la trouve dans les derniers poivrons, le brocoli, le chou, le cresson ou le navet ; les kiwis et les clémentines prennent le relais à partir de novembre.
- Le magnésium : céréales complètes, légumineuses, oléagineux, châtaignes et chocolat noir en sont de bonnes sources.
Un point important : le fer ne se prend jamais « au cas où ». Une supplémentation se discute avec le médecin, après une prise de sang.
Continuer à boire
Quand il fait plus frais, on pense moins à boire. Or une légère déshydratation suffit à accentuer la sensation de fatigue, note l’Assurance Maladie. Tisanes, bouillons et eau tiède comptent : une théière posée sur le bureau est une bonne façon de s’hydrater sans y penser.
Bouger, même (et surtout) quand on est fatigué
C’est un paradoxe bien connu : quand on se sent fatigué, on a envie de bouger moins, alors que l’activité physique régulière améliore souvent l’énergie et la qualité du sommeil. L’Assurance Maladie conseille d’ailleurs, en cas de fatigue, de consacrer plus de temps à l’activité physique et de faire de petites pauses pour marcher un peu au travail.
L’idéal, en automne, est de combiner mouvement et lumière : une marche de 20 à 30 minutes le matin ou à l’heure du déjeuner coche les deux cases. Inutile de viser la performance : l’essentiel est la régularité. Pour les repères officiels et une progression en douceur, voyez l’article combien bouger et comment s’y mettre sans se blesser.
Ralentir sans s’arrêter
La tradition naturopathique invite à accueillir le ralentissement de l’automne plutôt qu’à le combattre à coups de café. Cela passe aussi par la gestion du stress, grand consommateur d’énergie. Trois courtes pauses de respiration par jour, par exemple avec notre minuteur de cohérence cardiaque, sont un moyen simple de s’offrir des temps de récupération au fil de la journée.
Par où commencer ?
Voici sept étapes concrètes pour traverser le changement de saison avec plus d’énergie :
- Faites le point sur votre fatigue pendant une semaine : à quel moment elle apparaît, comment vous dormez, ce que vous mangez. Le bilan hygiène de vie vous aide à repérer le pilier à travailler en priorité.
- Sortez à la lumière du jour chaque matin, au moins 15 à 20 minutes, même par temps couvert.
- Fixez une heure de lever et tenez-la sept jours sur sept, en avançant plutôt l’heure du coucher.
- Composez des repas complets à heures régulières, avec un féculent complet et une source de protéines, et limitez le grignotage.
- Mettez un produit de saison riche en vitamine C à chaque repas, et buvez votre thé à distance des repas.
- Bougez 20 à 30 minutes par jour, idéalement dehors, en journée.
- Préparez le passage à l’heure d’hiver en décalant progressivement vos horaires quelques jours avant.
Quand consulter ?
La fatigue d’automne est le plus souvent passagère. Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant dans les situations suivantes, comme le recommande l’Assurance Maladie :
- La fatigue persiste plusieurs semaines malgré de nouvelles habitudes de sommeil, d’alimentation et d’activité.
- Vous êtes épuisé au point de ne plus pouvoir assurer vos activités quotidiennes.
- La fatigue s’accompagne d’autres signes : fièvre, perte ou prise de poids non voulue, douleurs, saignements (y compris des règles très abondantes), essoufflement, palpitations.
- Vous vous endormez dans la journée sans le vouloir, ou votre entourage remarque des ronflements importants et des pauses respiratoires la nuit.
- Votre moral est touché : tristesse persistante, perte d’intérêt, anxiété, surtout si ces difficultés reviennent chaque automne. En cas d’idées noires, n’attendez pas : le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 h/24.
- Vous envisagez un complément (fer, vitamines, plantes) alors que vous êtes enceinte, suivez un traitement ou avez une maladie chronique.
La naturopathie accompagne l’hygiène de vie : elle ne remplace ni un diagnostic, ni un suivi médical.
En résumé
La fatigue d’automne a souvent des causes très concrètes : moins de lumière, une horloge interne qui se décale, des journées chargées et les premiers virus de la saison. Les réponses le sont aussi : de la lumière du jour le matin, un lever régulier, des repas complets et colorés, et du mouvement au grand air. Rien de spectaculaire, mais tenu quelques semaines, ce quatuor fait souvent une vraie différence. Et si la fatigue s’installe malgré tout, c’est le signe qu’il est temps d’en parler à votre médecin.
Sources
Les références qui appuient cet article.
- Asthénie (fatigue) : définition, symptômes et causesDéfinition de l’asthénie, fréquence de la plainte (10 à 25 % des consultants en médecine générale), causes réactionnelles comme les infections récentes
- Asthénie (fatigue) : que faire et quand consulter ?Horaires de lever réguliers, sieste de 5 à 20 minutes entre 12 et 15 heures, repas réguliers, activité physique, signes devant faire consulter
- ChronobiologieLa lumière est le plus puissant synchroniseur de l’horloge interne ; la lumière du matin l’avance, celle du soir la retarde
- La luminothérapie est-elle efficace contre la dépression saisonnière ?Dépression saisonnière (1 à 3 % des personnes), protocole à 10 000 lux, précautions et contre-indications de la luminothérapie
- The Efficacy of Light Therapy in the Treatment of Seasonal Affective Disorder: A Meta-Analysis of Randomized Controlled TrialsMéta-analyse de 19 essais : effet modéré de la luminothérapie par rapport au placebo dans la dépression saisonnière
- Tout savoir sur le ferUn manque de fer peut entraîner une anémie avec fatigue ; la vitamine C favorise l’absorption du fer, les tanins du thé la freinent